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La neige tombe douce et
légère; les branches des arbres, recouvertes de givre, s'inclinent sous le
poids, et lorsque leur
charge se détache, elles se relèvent brusquement ...
La route
est recouverte d'un tapis blanc, moelleux, qui atténue les
bruits des roues des rares véhicules; la neige crisse sous les
pieds des passants, frileusement emmitouflés dans de chaudes
guenilles; ils se dépêchent de rentrer chez eux, afin d'y
retrouver la chaleur de la flamme du foyer et celle plus vive
des êtres chers, qui les attendent, les bras ouverts et le
sourire aux lèvres...

Et la neige tombe douce et légère ... C'est un spectacle
exquis. Les petits flocons blancs voltigent, dansent, avec des
mouvements parfois lents, parfois rapides au gré du vent, la
lueur des réverbères leur donne des semblants de paillettes
scintillantes...

La neige tombe douce et légère, c'est la
première neige de Noël ... 24 décembre ... Les maisons sont
fermées, beaucoup de volets sont clos; par-ci par-là cependant
on voit une fenêtre éclairée qui laisse découvrir un intérieur
douillet et gai. Dans un coin de la pièce, un arbre de Nël étincellant de lumière, les branches tombant sous le poids des
petits cadeaux; des convives assis autour d'une table recouverte
d'une nappe immaculée, mangent dans une atmosphère de joie, en
sacrifiant la dinde grasse à une tradition séculaire et pour le
plus grand plaisir des gloutons...
Une ombre noire se détache de cette immensité blanche, on dirait
un corbeau au milieu d'une bande de mouettes; elle avance
lentement, d'un pas traînant, incertain ... Un ivrogne peut être
? Non, c'est un ramoneur, tout noir de suie; la musette qu'il
porte en bandoulière, ses brosses, ses raclettes sont aussi
noires que son visage. Ses yeux, brillants de fièvre, ont un
regard triste et résigné. Un pantalon de toile, rapiécé aux
genoux, laisse entrevoir deux jambes squelettiques; les
souliers, aux pointes béantes, avalent la neige qui gèle ses
pieds nus. Il a froid, il a faim et il ne possède pas un sou. Il
a parcouru des kilomètres depuis ce matin, il a frappé à des
douzaines de portes, mais toutes se sont fermées à son nez.

Oublie-t-il qu'aujourd'hui c'est Noël ? On ne travaille pas le
jour de Noël, "surtout un tel travail", disait-on; certains avec
arrogance et mépris, d'autres avec indifférence, d'aucuns avec
pitié... car, pour lui aussi c'était Noël, et s'il demandait du
travail ce n'était pas pour son plaisir... fallait bien qu'il
mange, non ? Les gens sont égoïstes et méchants ... et la vie
l'est-elle moins ? se demandait-il.
Etait-ce sa faute s'il ne
savait pas faire autre chose ? Il avait essayé, mais à cause de
sa petite taille et de son aspect malingre, aucun patron ne le
voulait.

Ils avaient besoin de bras forts et solides, disaient-ils; ils
n'avaient que faire d'un gringalet pareil. Etait-ce sa faute
s'il
était resté petit et s'il était maigre ? Aussi loin qu'il allait
dans ses souvenirs, il ne se rappelait d'avoir jamais mangé à sa
faim...
Et il s'était fait ramoneur; il n'était bon qu'à ça, à
passer à travers les cheminées à longueur de journée... et à
avaler suie et poussières, poussières et suie... ses poumons
devaient être aussi noirs que sa personne. Ramoneur, va ...
Qu'importe si ton âme est candide comme la neige qui
t'entoure... ton visage est noir. Tu n'es qu'un ramoneur,
l'épouvantail dont se servent certaines mamans pour
effrayer
leurs marmots désobéissants. Ramoneur, va ...

Il passe devant la porte vitrée d'un bistrot; des hommes ivres
sortent, se tenant debout avec peine; lorsqu'ils l'aperçoivent,
ils commencent à le narguer avec insolence. Leurs rires avinés
blessent le coeur du petit ramoneur comme des coups de stylet.
Son pas devient de plus en plus lourd; ses pieds sont gelés et
ses entrailles vides gargouillent avec un bruit de liquide qui
sort d'une bouteille, glouglou, glouglou ...
Le soir fait place à la nuit. Il était impossible à présent
d'avoir une chance, si minime soit-elle de trouver du travail.

Qu'allait-il devenir, mon Dieu ? Il regardait autour de lui avec
effroi; la route était déserte, et le silence si lourd...
Il s'était, inconsciemment, éloigné du centre habité, et cette
solitude lui étreignit le coeur... Il eut soudainement très
peur.
Tout autour, à perte de vue, c'était la campagne; la terre était
recouverte d'un linceul blanc; les aspérités du terrain avaient
disparu, sous la couche épaisse de neige et toute la surface
était devenue uniforme. Les arbres se découpaient en noir sur le
ciel de plomb.

Au loin, il aperçut une faible lumière... Elle lui apparut comme
un phare au milieu de l'océan. Il en fut aussi heureux que
devaient être les marins en détresse en pleine tempête... Il s'y
dirigea d'un pas ragaillardi, et quelques instants plus tard, il
se trouvait devant une petite maison. Une ligne jaune de lumière
passait à travers une fente de la persienne... Par la cheminée,
sur le toit très bas, recouvert de chaume, se dégageait, mêlé à
la fumée, un agréable parfum de soupe. Ses narines aspirèrent
fortement,
et son estomac en fut meurtri.
Il lui répugnait de
demander la charité; tendre la main était pour lui, la plus
grande des humiliations. Mais il fallait bien qu'il le fasse,
s'il ne voulait pas mourir de faim. Il était comme ces moineaux
effarouchés, défiants et qui pour s'emparer d'une mie de pain,
bravaient les hommes et se laissaient apprivoiser...
Il frappa quelques coups discrets à la porte, qui s'ouvrit
presqu'aussitôt. Un homme vint sur le seuil et regarda le
visiteur nocturne; il comprit et sans mot dire, fit signe au
ramoneur d'entrer.
Du seuil, il cria "Antoinette, met un couvert
de plus, nous avons un invité.", puis il débarassa le ramoneur
de ses outils, le prit par la main et l'introduisit dans la
cuisine. C'était une pièce vaste, agréablement chauffée. Au
milieu, il y avait une grande table, recouverte d'une nappe à
carreaux, et tout autour, sagement étaient assis six enfants,
qui regardaient le nouveau venu avec de grands yeux étonnés.
Dans un coin, un petit sapin était garni de quelques boules de
verre multicolore et de guirlandes.
La aussi, dans cette simple maison, on fêtait Noël.

- Et alors, les enfants, vous avez perdu votre langue ? Que
souhaite-t-on aux visiteurs ? dit le père en s'adressant aux
gosses ahuris.
- Bonsoir monsieur, soyez le bienvenu, crièrent en choeur six
voix.
- Bonsoir monsieur, fit la maîtresse de maison en écho, en se
retournant vers la porte. Bonté divine, s'exclama-t-elle, mais
c'est un enfant et il est transi. Vite, Pierre, il va faiblir...
*
Pierre et sa femme étaient seuls à présent; le repas achevé, les
gosses s'amusèrent quelque peu, puis allèrent se coucher.
On eut vite fait de trouver une place pour Jean; tous se
disputèrent le plaisir de l'avoir tout près.
- pauvre gosse, as-tu vu comme il a mangé de bon coeur ? dit la
femme. - Je te parie qu'il n'avait pas avalé un bol de soupe
depuis plusieurs mois, ajouta-t-il.
- Pierre ?
- Oui, répondit-il en regardant sa femme, droit dans les yeux,
et comme elle paraissait indécise de continuer, c'est lui qui
acheva : tu
voudrais qu'on le garde, n'est-ce pas ?
- Oui, Pierre, acquissa-t-elle, cela me ferait plaisir; il est
si
malheureux ce petit orphelin.
- Je te comprends, Antoinette. Nous ne sommes certes pas riches,
mais une bouche de plus, une bouche de moins, lorsqu'on en a
déjà six...
- Et puis, il pourrait te donner un coup de main aux champs,
renchérit la femme, comme pour mieux le convaincre.
... Mais Pierre n'en avait nul besoin, car il était la bonté
même.
- D'accord. S'il veut bien rester, je veux bien le garder. Et
sur ces mots, les deux braves époux allèrent se coucher, le
coeur léger et le sourire aux lèvres, conscients d'avoir
accompli une bonne action.
http://www.webecoute.com/conteEnfant7.html
Texte de Conchita Wéry le 06/10/2001
«Il y a plus de bonheur à donner
qu'à recevoir » (Ac 20,
35)
Tout être humain recherche
le bonheur.
Tu mets dans mon coeur plus de joie qu'ils n'en ont Quand
abondent leur froment et leur moût
(Psaumes4,7-8)
" Qui nous fera
voir le bonheur " ?…
Jésus par sa vie, ses paroles, montre que le bonheur n'est ni
facile, ni immédiat. Le bonheur profond, exigeant et durable, se
situe dans l'amour de Dieu qui envoya son Fils pour nous
sauver.


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