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Vous ne
connaissez pas le père Martin ?
Quoiqu'il ne soit qu'un pauvre
cordonnier. Il loge à même son atelier, au centre du quartier de
Marseille.
C'est là qu'il vit, ni trop riche, ni trop pauvre, ressemelant tout
le quartier; car depuis que ses yeux ont vieilli, le bonhomme
ne travaille plus dans du neuf.
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Le père Martin, depuis quelque
temps, s'est fait la réputation d'être dévot.
Depuis qu'il va aux conférences, le nom qu'on donne à ces réunions
où l'on chante des cantiques et où l'on parle de Dieu, il est tout
changé.
On ne le voit plus au café des Argonautes comme autrefois. Il parait
plus heureux qu'il ne l'était auparavant.
Il a eu des malheurs, le père
Martin. Sa femme est morte il y a plus de vingt ans; son fils
parti comme matelot à bord du brick Le Phocéen, n'a plus reparu
depuis dix ans.. Quand à sa fille, il n'en parle jamais.
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C'est la veille de
Noël.
C'est la veille de Noël.
Il fait au dehors un temps froid, mais l'atelier du père Marin est
claire et bien chauffé.
Ses lunettes sur le nez, il se
mit à lire: « Il n'y avait pas de
place pour eux dans l'hôtellerie. » (Luc 2 ; 7).
Ici le lecteur s'arrête pour réfléchir. «Point de place,
dit-il, point de
place pour Lui! »
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Point de place pour
Lui!
Il regarda alors sa chambrette, étroite et propre dans sa pauvreté—
« Il y aurait eu de la place pour Lui ici, s'il y était venu !
Quel bonheur de le recevoir ! Je me serais gêné, bien sûr, je leur
aurais donné toute la place !...
Point de place pour Lui! Oh! que ne vient-il m'en demander une, à
moi...
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Je suis seul,
je n'ai personne à qui penser.
«Je suis seul, je n'ai
personne à qui penser. Chacun a sa famille et ses amis; qui se
soucie de moi sur la terre ? J'aimerais bien qu'Il vînt me tenir
compagnie ! Que lui donnerais-je ?
Le vieillard s'enfonça dans
son fauteuil et continua ses réflexions.
Dans les rues, à mesure que la soirée avançait; des bruits de
réveillons commençaient à se faire entendre,
Mais le père Martin ne bougeait pas. Il est probable qu'il
s'était endormi.
«Je suis seul, je n'ai personne
à qui penser. Chacun a sa famille et ses amis; qui se soucie de moi
sur la terre ? J'aimerais bien qu'Il vînt me tenir compagnie ! Que
lui donnerais-je ?
Le vieillard s'enfonça dans son
fauteuil et continua ses réflexions.
Dans les rues, à mesure que la soirée avançait; des bruits de
réveillons commençaient à se faire entendre,
Mais le père Martin ne bougeait pas. Il est probable qu'il s'était
endormi. |
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Martin ! Martin !
Martin ! dit une voix douce
tout près de lui. —Qui va là ? cria le cordonnier en sursaut. Mais
il eut beau se tourner vers la porte, il ne vit personne. —Martin, tu as désiré me voir,
eh bien regarde dans la rue, demain depuis à l'aurore jusqu'au soir;
tu me verras passer un moment ou l'autre. Efforce-toi de me
reconnaître, car je ne me ferai point connaître à toi. »
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La voix se tut;
La voix se tut; Minuit
sonnait à toutes les horloges : Noël est venu.
« C'est Lui, se dit le vieillard, Il a promis de passer devant ma
maison.
Je l'attendrai. Je saurai bien le reconnaître.»
Longtemps
avant le jour, la petite lampe du cordonnier était allumée.
Il prépara le café, puis vint se placer près de la fenêtre,pour
guetter les premiers passants. |
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Le Balayeur.
Peu à peu le ciel s'éclaira et Martin ne tarda pas à voir pas à voir
paraître sur la place le balayeur de rues, le plus matinal de tous
les travailleurs. Il ne lui accorda qu'un regard distrait; il
avait, en vérité, bien autre chose à faire qu'à regarder un balayeur
de rues!
Cependant il paraissait faire froid au dehors, le cantonnier,après
avoir donné quelques vigoureux coups de balai, ne tarda pas à
éprouver le besoin de se réchauffer.
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Le brave homme, se dit
Martin,
Le brave homme, se dit Martin, il a froid, tout de même. C'est
fête aujourd'hui..., mais non pas pour lui. Si je lui offrais une
tasse de café ? Et il frappa contre la vitre.
Le balayeur tourna la tête, vit le cordonnier dans la porte et
s'approcha. «Entrez, dit-il, venez vous réchauffer.
Voulez-vous une tasse de café? Le cordonnier servit son hôte à la
hâte, puis se pressa de retourner à la fenêtre. |
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J'attends mon Maître
Jésus,
Qu'est-ce donc que vous avez à regarder dehors ? dit le cantonnier.
J'attends mon Maître Jésus, répondit Martin qui peut venir à toute
heure, et qui m'a promis de venir aujourd'hui.
Le père Martin se mit alors, à raconter
au balayeur l'histoire de la veille, en y ajoutant quelques détails
sur Sa naissance, et le prix payé à la croix.
Et
c'est lui que vous attendez? Merci, de m'avoir fait connaître
votre Maître. Et le cantonnier sortit et s'éloigna. |
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Il ouvrit sa porte.
Mais au bout d'une heure ou deux,
ses regards furent attirés par une jeune femme, misérablement vêtue,
portant un enfant dans ses bras. Elle était si pâle, si
décharnée, que le coeur du vieillard s'émut.
Peut-être
cela le fit-il penser à sa fille. Il ouvrit sa porte et l'appela!
—Eh ! dites donc !
La pauvre femme entendit cet appel, et se retourna, surprise.
Elle vit le père Martin qui lui faisait, signe d'approcher. |
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—Vous n'avez pas l'air bien portant,madame. Je vais à
l'hôpital, répondit la jeune femme. J'espère bien qu'on
m'y recevra, avec mon enfant. Mon mari est sur mer et voilà
trois mois que je l'attends, je n'ai plus le sous et il faut que
j'aille à l'hôpital !
Le vieillard
attendri.
—Pauvre femme ! dit le
vieillard attendri. Chauffez-vous et laissez-moi le marmot.
Quoi ! Vous ne lui avez pas mis des vêtement d'hiver. ?
Je n'en ai point soupira la pauvre femme.
Attendez donc, j'ai des souvenirs de ma fille que je garde
précieusement, et il les remis à la femme en soupirant.
Il étouffa un soupir, « Bah ! se dit-il je n'en ai plus de besoin
pour personne, maintenant.» Et il revint à la fenêtre.
—Qu'est-ce que vous regardes là? interrogea-t-elle. —J'attends mon
Maître répondit Martin. Connaissez-vous le Seigneur
Jésus ? lui demanda-t-il. — Certainement, j'ai appris mon
catéchisme. C'est Lui que j'attends, reprit le vieillard. —Et
vous croyez qu'il va passer par là ? — Il me l'a dit.
La jeune femme prit le livre que lui remis le cordonnier, et
s'éloigna en disant merci.
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Le Maître ne
paraissait pas.
Il retourna à la fenêtre. Le
Maître ne paraissait pas.
Il avait bien vu passer les jeunes gens, les vieillards, les
marins,les ouvriers, les courtisanes, les ménagères et les grandes
dames, tout ce monde passa devant lui.
Cependant, le Maître ne paraissait pas.
Ses yeux étaient fatigués. Et le Maître ne paraissait pas.
Enfin la nuit vint, accompagnée de brouillard. Il était
désormais inutile de se tenir près de la fenêtre ; les passants,
devenus rares, s'éloignaient.
Le vieillard s'approcha tristement de son poêle et se mit à préparer
son modeste souper.
« C'était un
rêve, murmura-t-il. »
« C'était un rêve, murmura-t-il. Pourtant, je l'avais bien
espéré. »
Son repas achevé, il ouvrit son livre et voulut se mettre à lire.
Mais sa tristesse l'en empêcha. « Il n'est pas venu ! »,
répétait-il sans cesse.
Tout à coup la chambre
s'éclaira d'une lumière surnaturelle, et, sans que la porte se fût
ouverte, l'étroite échoppe se trouva pleine de monde. Le balayeur de
rues était là, la femme femme avec son enfant était là, et chacun
d'eux disait au vieillard :
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Derrière eux venaient les mendiants à qui il avait fait l'aumône,
les voisins à qui il avait dit une bonne parole, les enfants à qui
il avait adressé un beau sourire, et chacun d'eux disait à son tour:
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Tous ces fantômes.
—Mais qui êtes-vous donc ? cria
le cordonnier à tous ces fantômes.
Alors le petit enfant aux bras de sa mère se pencha vers le livre du
vieillard, et de son doigt rose lui montra ce passage, à l'endroit
même où il l'avait ouvert :
Contes et Récits Ruben Saillens
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Quiconque reçoit un de ces petits me reçoit... « J'ai eu faim
et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger et vous m'avez
recueilli... Car chaque fois que vous faites ces choses à l'un
de ces petits, vous me les avez faites à moi-même.» |
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